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L’évaluation de l’ankyloglossie (langue attachée, freins restrictifs)

Ce matin, j’avais envie de vous partager des informations en ce qui concerne l’évaluation adéquate pour détecter l’ankyloglossie et les freins restrictifs chez un bébé (phénomène de langue attachée, frein de langue ou de lèvre supérieure restreignant la succion), de même que ce qui ne constitue PAS une évaluation professionnelle et digne de ce nom.

Ne soyez pas étonné de rencontrer des opinions contraires au sujet de la nécessité ou pas de faire la frénotomie (aussi appelée frénectomie). Certains ne comprennent pas à quel point la mobilité de la langue (de la lèvre supérieure, des joues…) est cruciale pour une tétée optimale au sein… Les connaissances au sujet des freins restrictifs sont très limitées et variables d’un professionnel de santé à l’autre… Un 2e et 3e avis professionnel est parfois nécessaire… et il arrive souvent que l’on doive faire une frénotomie pour une 2e fois, car la première fois, cela a été insuffisant… Quelle galère…!

Trop souvent… bien trop souvent… les parents que je rencontre me disent « Le frein a été évalué et on nous a dit que tout est ok… » alors que franchement, ce n’est pas le cas. C’est quoi au juste, évaluer un frein de langue… et la qualité de succion…?

D’entrée de jeu, si la personne qui « évalue » se contente uniquement de REGARDER, sans tenter d’élever la langue  au palais quand le bébé a la bouche ouverte, juste un simple regard… ça ne sert à RIEN. Au regard, seuls les freins attachés sur le bout de la langue peuvent être vus! Et c’est loin d’être uniquement ce type d’ankyloglossie qui existe chez les bébés. Une évaluation adéquate signifie évaluer la succion, et ceci ne se fait qu’avec un doigt dans la bouche du bébé! L’élévation de la langue vers le palais est un autre élément important.

Pour bien évaluer, le professionnel passera aussi par cette étape de mettre son doigt dans la bouche et évaluer correctement ce qui se passe…. Par expérience, il m’est arrivé de soutenir des mères sur Skype et de leur expliquer comment mettre leurs doigts sous la langue du bébé pour me permettre de voir l’élévation de la langue, avec le bébé qui se retrouve alors la bouche ouverte. Je donne en référence l’outil Hazelbaker qui est un bon point de départ pour évaluer la succion du bébé, la mobilité de la langue et dépister les problématiques.

Il doit aussi observer une tétée, pour évaluer la qualité de celle-ci et voir le comportement du bébé au sein… détecter les bruits de succion, de même que les joues qui peuvent se creuser légèrement quand la succion n’est pas optimale.

D’autre part, prendre notre que cela est moins connu mais le frein de la lèvre supérieure doit aussi présenter une bonne mobilité sinon la succion au sein est compromise. Il arrive donc fréquemment que l’on procède à une frénotomie pour libérer la lèvre supérieure. Si votre bébé bouge beaucoup la lèvre supérieure pendant la tétée, qu’il a de la difficulté à ressortir sa lèvre vers l’extérieur ou qu’il présente une ampoule sur la lèvre supérieure… c’est le signe que le frein de lèvre est aussi trop serré et ne permet pas à la lèvre de sceller l’étanchéité au sein. Il y a également des freins au niveau des joues. Ces freins, lorsqu’ils sont présents, empêchent la musculature faciale de bien faire son travail lors des tétées… Il faut donc aussi vérifier ce paramètre. Des freins au niveau des joues peuvent être problématiques également lorsque l’enfant commencera à manger, mastiquer etc.

Bref… voilà mon message d’aujourd’hui… Je suis habituée de rencontrer des parents qui se sont faire dire  « le frein est ok »… J’évalue toujours moi-même à nouveau. Il arrive aussi que des parents que j’ai reçus en consultation et pour lesquels on avait planifié une frénotomie car elle est nécessaire, vont ensuite voir un médecin ou autre professionnel qui vient défaire mon évaluation sans avoir beaucoup d’outils et d’informations pour bien l’évaluer… Cela ne m’impressionne guère, toutefois je comprends que les parents deviennent confus et s’en remettent parfois au médecin. Eh bien, si la mère continue d’expérimenter des problèmes d’allaitement, elle consultera à nouveau pour un 3e avis, c’est tout! N’acceptez pas vos douleurs et problèmes d’allaitement avec fatalité. Consultez à nouveau!

N’en restez JAMAIS à une pseudo évaluation incomplète du frein de langue et de lèvre de votre bébé, que ce soit par une IBCLC ou un autre professionnel de santé…, et n’acceptez JAMAIS que l’on vous dise que « tout est beau » si vous avez mal lors des tétées…, ou si le gain de poids est insuffisant, etc.

Si votre bébé a de la difficulté à ouvrir la bouche et mobiliser sa langue, consultez un ostéopathe ou un chiropraticien (chiropracteur) pédiatrique spécialisé en allaitement pour un traitement (beaucoup de nerfs peuvent être coincés et ces thérapies aident beaucoup), et faites évaluer pour les freins restrictifs par des personnes compétentes.

Bien souvent c’est la succion du bébé et la mise au sein qui seront en cause dans la plupart des problématiques d’allaitement, pas votre production lactée… Mais il est bien au départ de consulter une personne compétente pour évaluer l’allaitement en général, ainsi que la présence des freins restrictifs chez votre bébé!

Isabelle Cloutier IBCLC, consultante en lactation diplômée

Pour un rendez-vous : isabelle.cloutier.ibclc@gmail.com

À propos

Note importante: Avec l’expérience clinique cumulée, de nombreux professionnels en lien avec les freins restrictifs préconisent de faire des étirements des plaies après les frénotomies, afin d’empêcher le rattachement et une cicatrisation trop rapide. De tels étirements devraient se faire toutes les 4-5h, pendant 3 semaines (ref. Dr Richard Baxter), ce qui représente un défi pour les parents car le bébé a de l’inconfort lors des premières journées post intervention.  Malgré tout, il est important, pour des questions de santé globale, de procéder lorsque le nourrisson est en bas âge, si cela est possible (voir le livre du Dr Richard Baxter pour comprendre les impacts colossaux des freins restrictifs sur la santé de l’être humain).  Il y a toutefois plusieurs manières de faire les étirements (massages des plaies, étirer le losange… etc.) , la clé est que vous vous sentiez à l’aise de les faire et surtout, de réussir à prévenir la cicatrisation trop rapide et maintenir la mobilité accrue de la langue et de la lèvre.

Mise à jour de l’article: janvier 2021

 

Quelques liens informatifs

Frein de lèvre supérieure, frein de langue: parfois un frein à l’allaitement

Impact de l’ankyloglossie sur l’allaitement – Dre Elizabeth Corrylos

Protocole clinique no.11 Évaluation et prise en charge de l’ankyloglossie, de l’Academy of Breastfeeding Medecine

Société Canadienne de Pédiatrie « L’ankyloglossie et l’allaitement »

Quelques vidéos de frénotomies:

 

 

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La frénotomie : le rôle capital de la langue lors de la tétée

Ici, un bébé qui semble avoir la langue attachée, même si la langue monte un peu vers le palais lorsqu’il pleure, mais plus un type postérieur (donc peut-être un stade 3 ou 4 – il y a 4 stades d’ankyloglossie, le stade 1 le frein est alors placé au bout de la langue). Il est clair qu’un examen complet sera nécessaire pour bien l’évaluer de toute manière.

Par Isabelle Cloutier IBCLC, mise à jour janvier 2021 / Généralement, les mères entendent cela… : « Ah,  tout est beau, il tète bien!  » mentionne le professionnel de la santé en regardant la bouche du bébé et l’aspect de sa langue. Erreur. Erreur capitale… Détecter une langue attachée ou un frein de langue restrictif (qu’on appelle officiellement « ankyloglossie ») ne se fait pas seulement de visu. Non. On doit aussi faire un examen tactile, avec le doigt dans la bouche du bébé afin de bien évaluer sa succion, les mouvements de sa langue, sa mobilité, ses entraves, etc. Le résultat peu souhaité d’un simple examen visuel est que la mère aura ou continuera d’avoir mal, l’allaitement étant peu efficace ou carrément inefficace… (parmi les autres effets possibles, notons également un bébé qui claque pendant la tétée, qui échappe le sein facilement, parfois production lactée à la baisse (et gain de poids lent chez l’enfant). Comme le corps de la mère est intelligent, si le bébé n’arrive pas à téter activement, certaines vont développer un réflexe d’éjection fort…et puisque le bébé a du mal à se coordonner pour bien avaler, il s’étouffe plus souvent que son petit voisin. Mais détrompez-vous, la production de lait n’est pas nécessairement abondante! Le sevrage risque souvent d’être précoce… Sans parler du bébé qui a des effets collatéraux liés à la présence de freins restrictifs (reflux, aérophagie, gaz, problèmes digestifs et de sommeil, tous associés…voir l’ouvrage du Dr Richard Baxter sur les freins de langue). Dommage que la mère ne soit pas aidée de manière précoce, n’est-ce pas?

Dans cette photo, on voit que la langue semble être attachée au fond du plancher de la bouche. L’évaluation sera nécessaire bien évidemment, mais il est fort probable que ce bébé ait la langue attachée. À voir la langue aussi basse, comment espérer qu’elle compresse correctement l’aréole au palais, avec la bouche ouverte, pour exprimer le lait…?

La frénotomie (ou frénectomie) est une procédure simple qui consiste à sectionner le frein de la langue antérieur et la partie postérieure (parfois le frein de la lèvre supérieure ne s’étire pas assez non plus, et il peut y avoir des freins à l’intérieur des joues, attachés sur la gencive supérieure) à l’aide d’un petit ciseau chirurgical ou d’un laser. L’intervention prend de 15 à 45 secondes. Elle peut être pratiquée par un médecin, un pédiatre, un chirurgien-dentiste ou un O.R.L. Toutefois, beaucoup de ces professionnels de santé ne sont pas chauds à en faire pour la simple raison qu’ils manquent de formation et d’information à ce niveau (pour les chirurgiens-dentistes, ils sont habitués de pratiquer des frénectomies, mais souvent chez des enfants plus âgés ou des adultes, ils ne savent pas que les nourrissons ont aussi besoin de ces interventions)

On dit du frein de la langue que c’est un endroit peu sensible, car tissus peu innervés, donc beaucoup de professionnels font la frénotomie sans anesthésie locale mais avec un protocole de paracétamol et de glucose ou tétée juste avant l’intervention (l’anesthésie locale avec un gel type lidocaïne comporte un désavantage: bébé ne peut pas être allaité après l’intervention pour être consolé car il y peut y avoir des risques d’étouffement, et il sens moins sa langue). Les recherches sur l’analgésie apportée par un liquide sucré et le contact peau à peau, tel que l’allaitement maternel, encouragent donc les mères à allaiter quelques minutes avant l’intervention, et après, ce qui pourra limiter l’inconfort.

ankyloglossie - frein lèvre
Dans cette photo, il s’agit de la lèvre supérieure qui est entravée par un frein court et implanté bas dans la gencive. Ceci empêche probablement le bébé de bien retrousser sa lèvre au sein et ainsi former un bon sceau d’étanchéité. La frénotomie permettra de libérer la lèvre et qu’elle puisse ainsi jouer son rôle lors de la tétée. Il faudra aussi vérifier la présence d’autres freins

Si vous avez des douleurs pendant l’allaitement ou si votre bébé est continuellement au sein sans boire efficacement et sans être repu après la tétée, faites vérifier sa bouche et l’allaitement par une consultante en lactation IBCLC bien informée sur la question des freins restrictifs. Certaines mères peuvent penser que leur situation est « normale », qu’elles ont un bébé « à besoins intenses », qu’elles doivent materner intensivement et allaiter continuellement.. mais ceci peut bien souvent cacher un contexte de freins restrictifs! N’attendez pas que les « choses s’arrangent »… Consultez. Il est aussi recommandé de consulter un thérapeute manuel pour relâcher les tensions chez le bébé, et permettre à sa langue de bouger de manière plus efficace (ostéopathe, chiropraticien, etc.) Obtenez un 2e ou un 3e avis s’il le faut pour la question des freins restrictifs. L’ankyloglossie n’est parfois pas détectée à la naissance, mais pourrait l’être par la suite. Et… personne n’est parfait. Une erreur est possible.

Isabelle Cloutier IBCLC, consultante en lactation diplômée

Spécialisée dans le dépistage des freins restrictifs, accompagnement personnalisé et travail en équipe pluridisciplinaire. J’offre également un atelier sur les freins restrictifs de 3 heures destiné aux professionnels de santé afin d’augmenter le niveau de connaissance sur ce sujet crucial pour la santé optimale des enfants de tous âges..

Article révisé en janvier 2021. Cet article peut être reproduit en totalité, sans être coupé, en citant la source. Il ne peut PAS être utilisé dans aucun contexte où il y a violation du Code de commercialisation des substituts du lait maternel de l’OMS

NOTE: pour bien évaluer le frein de langue et la succion des bébés, l’outil d’évaluation Hazelbaker est couramment utilisé. Cliquez ici pour le visualiser.

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